Premier bilan du 100% Santé

Premier bilan du 100% Santé

La pandémie de Covid-19 a freiné la collecte des chiffres indicateurs mais plusieurs faits saillants se dégagent quand même déjà de la réforme du 100% Santé, lancée depuis le 1er janvier 2020. Quels problèmes rencontre-t-on ? quelles modifications faudrait-il apporter ? Voici un premier bilan de la réforme 100% Santé. 

Une entrée en puissance rapide en dentaire et en audiologie

Une étude parlementaire note un démarrage rapide surtout en ce qui concerne le secteur dentaire et un peu plus poussive à l’inverse en optique : à fin février, 44% des devis de couronnes dentaires et 29% devis d’aides auditives ne comportaient pas de RAC (reste à charge) pour les assurés. En optique, seuls 12% des devis intégraient, au moins en partie, le 100% santé.

Une balance économique équilibrée

Il est évident qu’il faudra plus de recul pour faire un véritable constat économique de la réforme et à cet effet un comité de suivi a été mis en place sous l’égide du ministère de la Santé. En audiologie, l’équilibre sera probablement plus complexe à trouver par les taux de recours au 100% santé sont les plus importants avec près de 30%. Il faudra peut-être revoir certains points de la réforme pour y parvenir. 

En dentaire, la revalorisation des soins conservateurs et l’existence de 3 paniers : 100% santé, tarifs maitrisés et tarifs libres demandent une analyse avec davantage de recul. 

Le rapporteur estime, de manière générale, que l'évaluation du 100% santé devrait être renouvelée tous les 6 mois, pour que l’on puisse mesurer l'impact de la réforme sur la baisse du RAC des assurés.

Les fausses notes

Les devis, en général, restent un sujet sensible, tous secteurs confondus. Ils sont, de l’aveu des professionnels de santé, extrêmement complexes à remplir et pas toujours lisibles pour les assurés. Ils nécessitent généralement des explications complémentaires de la part de l’opticien, de l’audioprothésiste ou du dentiste. Ce problème est également source de tension entre les organismes d’assurance et les pouvoirs publics car la comparaison des garanties reste difficile, ce qui nuit à une réelle concurrence et pousse les tarifs à la hausse.

Sur les devis dentaires, on remarque que certains chirurgiens-dentistes ne se sentent pas concernés par la réforme ou alors ne proposent plus, parfois depuis très longtemps, les produits du panier 100% santé, comme les prothèses métalliques. Il existe pourtant des alternatives thérapeutiques sur lesquelles il faudrait davantage communiquer. 

Le retard de l’optique pourrait s’expliquer par le manque d’information et de visibilité des produits 100% santé. En effet, en parallèle de la réforme, de nombreuses offres commerciales ont vu le jour, embrouillant le consommateur. Il faut pourtant noter qu’avec 12% de facturation en 100% Santé, le virage a été pris et notamment sur les montures de lunettes en RAC 0.

Du côté des complémentaires santé il faut noter des refus ponctuels de prise en charge, les complémentaires en question estimant que les informations transmises n’étaient pas assez détaillées. Ces incidents font allusion aux polémiques sur les codes regroupés en optique : certains organismes d’assurance considèrent que ceux-ci ne leur donnent pas un niveau d’information suffisant pour liquider les regroupements et souhaitent disposer des codes LPP détaillés. La CNIL a dû intervenir et a tranché en défaveur des complémentaires, expliquant que les codes regroupés étaient suffisants. Il est possible que dans les mois à venir, le sujet fasse encore l’objet d’ajustements…

Le dernier point noir concerne les niveaux de remboursement par les complémentaires de certains produits hors panier 100%, qui auraient vu leur niveau de remboursement baisser ou même disparaître.  Cette tendance ne favorise pas le libre choix des produits pour les assurés et s’inscrit dans une logique plus profonde de la réforme, tendant à une forte baisse de la base de remboursement de certains produits.